Un air de poésie

Gyula Juhász: Ódon ballada

Gyula Juhász (1883-1937), ce poète mélancolique qui a vécu à Szeged, dans le Sud de la Hongrie, représente plusieurs grands courants de la poésie lyrique hongroise : il avait chanté les paysages des bords de la rivière Tisza et des passions amoureuses qui ne l’ont pas rendu heureux dans la vie. Il avait pris une part active dans les mouvements ouvriers du pays, et les échecs successifs des révolutions l’ont profondément marqué, aggravant son pessimisme. Tombé dans la dépression, il a fini par se suicider.
Sa Ballade des vieux temps évoque le François Villon de la Ballade des Dames du temps jadis en citant le refrain célèbre du poème : Mais où sont les neiges d’antan ? Le texte de Juhász est une belle variation sur le passage du temps et le personnage pittoresque du poète Villon.

Marion, étudiante en 3e année, INALCO
Vous pouvez lire le texte intégral du poème original ici.

Sándor Kányádi :Quelqu’un marche sur la cime des arbres

Le poème de Sándor Kányádi (1929-2018) est caractérisé par un ton elégiaque qui constitue un contraste frappant avec le sujet qui évoque la peur. Comment se protéger contre l’angoisse ontologique, pose la question philosophique le poète qui confronte l’espoir et la frayeur dans sa réflexion sur la condition humaine. Il voit une finalité providentielle également dans le sentiment universel de l’angoisse. On ne peut pas s’en défaire et l’espérance non plus n’offre aucun appui solide contre celle-ci ; le comportement de l’homme est foncièrement contradictoire face à cette donnée de son existence. Le texte poétique s’intègre parfaitement à la tradition philosophique de la poésie hongroise, illustrée entre autres par Dezső Kosztolányi dans la première moitié du XXe siècle. 

Didier, étudiant en 1re année, INALCO
 Vous pouvez lire le texte intégral du poème original ici

Sándor WEÖRES : Csiribiri

Sándor Weöres (1913-1989) a intégré Csiribiri dans son recueil célèbre intitulé Bóbita (1955), généralement considéré comme écrit pour les enfants. Pourtant, ce texte fortement rythmé ne peut être réduit à un simple dicton engendré uniquement par la palpitation et la sonorité des mots. Le rôle des plantes mentionnées (comme la paille d'avoine ou la bardane) peut être mis en rapport avec certaines méthodes populaires curatives et même avec la magie présente dans le folklore. L'évocation de la maladie dans les derniers vers renforce le caractère incantatoire du poème. 

Erwann, étudiant en 2e année à l’INALCO

Sándor WEÖRES : Túl, túl, messze túl

Weöres Sándor (1913-1989)

Gaité et humour ludique émanent du poème intitulé Au loin, au loin qui peut être lu et entendu comme un jeu de paroles pour enfants. Pourtant, les derniers vers ajoutent un thème qui aurait plus de poids dans un contexte différent : la pointe de la fin évoque un monde existant où les rôles traditionnels garçon-fille sont joyeusement intervertis.

Erwann, étudiant en 2e année à l’INALCO

Attila József : Jardinier serai

Traduit par : Tivadar Gorilovics et Max Andréoli

Ce poème joyeux de printemps et de jeunesse, aux rythmes et rimes des chansons populaires, tourne autour du sujet central de la nature, des jardins cultivés et de la place des fleurs dans le monde. Le début plein d'élan et d'espoir promet un âge mûr heureux (symbolisé par la pipe et le geste de se planter dans le jardin) pour le poète et les autres. Pourtant, après s'être identifié à l'humanité tout entière, il esquisse une fin du monde où les fleurs pousseront désormais sur des tombes. Ce chant apparemment simple (et „cultivateur de jardin” au sens voltairien) constitue l'opposé de la poésie célèbre d’Attila József – Cœur pur, 1925 – publiée dans le même volume, qui, sur un ton provocateur, sonne comme une menace et visionne des herbes vertes porteuses de mort sur sa future tombe.

Ali, élève de 11e au Lycée Fazekas de Debrecen (Hongrie)

Vous pouvez lire le texte intégral du poème original ici

Exercices de rythme

Voici une suite poétique composée et récitée, scandée même par les étudiants de l’INALCO. Les cinq textes ont été rédigés par des poètes différents : aux côtés de Sándor Weöres, nous trouvons trois auteurs contemporains, notamment Dániel Varró, János Lackfi et István Vörös. Les cinq poèmes représentent une caractéristique fondamentale de la poésie hongroise mettant en relief ses mesures accentuées. Les vers sont structurés par des unités rythmiques faciles et jouissives à scander.

Poèmes récités:

Sándor Weöres : Galagonya (Aubépine)
Sándor Weöres : Hold és felhő (La lune et le nuage)
Dániel Varró : Robotikai mérnök (Ingénieur en robotique)
János Lackfi : Kukorica (Maïs)
István Vörös : A kutya nyoma (La trace du chien)

Karine, Erwann, Gézengúz, Aurélie, Patrick, INALCO, étudiants en première année

Imre Oravecz : Kezdetben volt

Né en 1943 dans un petit village de l'Est de la Hongrie, Imre Oravecz est devenu germaniste, poète, romancier et globe-trotter. Il a mené une vie de nomade dans ses plus belles années, quittant la Hongrie trois fois pour vivre ailleurs, de préférence aux États-Unis, puis regagnant toujours son pays natal, voire, ces derniers temps, son village natal. Le texte récité est le début d'un volume de poèmes en prose (2003), tournant autour du thème de l'amour et des rencontres mêlant des souvenirs vrais, évoqués dans une perspective de 30 ans, avec des éléments fictionnalisés.

Gézengúz, INALCO, étudiant en 1re année
Vous pouvez lire le texte entier ici

Attila József : Mikor az uccán átment a kedves (Lorsque la bien-aimée traversait la rue)

Ce poème d'amour datant du début de la carrière (1925) d'Attila József sonne comme une chanson populaire très douce. Un tableau mouvant présente la bien-aimée traversant la rue et animant les objets et les êtres par le rythme de sa marche dont émane une harmonie captivante, évoquant la nature avec des oiseaux et des plantes au milieu de la ville.

Aurélie, INALCO, étudiante en 1re année

Attila József : Csöndes estéli zsoltár (Psaume serein du soir)

Ce poème religieux datant de 1922 est inspiré par le silence et le calme d'une fin de journée. Le jeune auteur de dix-sept ans oppose déjà dans sa réflexion l'enfance et l'âge d'homme qui l'attend et prévoit un rapport conflictuel avec Dieu, une lutte qui l'acommpagnera tout au long de sa vie et de sa poésie.

Erwann, INALCO, étudiant en 1re année

Attila József : Csak az olvassa versemet, ki ismer engem és szeret... (Je ne veux qu'un lecteur pour mes poèmes : / Celui qui me connaît – celui qui m'aime…)

Ce poème harmonieux a été rédigé au Café Japonais, lieu de rencontre favori des gens de lettres de Budapest, vers la fin de la vie de l'auteur, en 1936 ou 37. Il marque une pause sereine parmi les tourments de sa vie. Il divise ses futurs lecteurs en deux groupes et sans se soucier de ceux qui ne l'aiment pas, s'adresse au reste de l'humanité incarnée par une symbiose de l'homme et de la nature.

Gézengúz, INALCO, étudiant en 1re année

Attila József : Az árnyékok… (Les ombres)

C'est une complainte tardive (1937) et émouvante: le poète mourra la même année quelques mois plus tard. Il se plaint de ses peines d'amours qui ne s'affaiblissent aucunement avec le passage du temps. Dédiée à un de ses plus grands amours de jeunesse, la poésie traite de la fidélité et de la passion. Le soupirant malheureux lance un appel à la bien-aimée tout en projetant sa douleur personnelle dans le cosmos.

Karine, INALCO, étudiante en 1re année

Attila József : Je te bénis... (Áldalak búval, vigalommal)

Traduit par : Tivadar Gorilovics et Max Andréoli

Les quatre strophes de ce poème-chanson sont nées dans un moment heureux du jeune poète (fin 1927) et ont été inspirées par la fille (Luca Wallesz) de l’une de ses muses, une artiste peintre, Gitta Gyenes. Les vers chantants de cette « bénédiction » dansent et bercent, même si le titre et certaines références bibliques y ajoutent un ton de psaume. La douleur de fond qui caractérisera plus tard ses poèmes d’amour manque ici. Cet aveu composé en polyphonie, par des structures parallèles, ne sonne que sur la tonalité de la joie, ouvrant l’horizon de l’amoureux vers l’univers.

Nándor, Université de Debrecen (Debrecen), étudiant en 2e année
Vous pouvez lire le texte intégral du poème original ici

Attila József : Megfáradt ember

Le poème Megfáradt ember fut publié en 1923 dans le recueil Nem én kiáltok, quand Attila József n’avait que 18 ans, et republié dans le recueil Nincsen apám se anyám en 1929. La vie du jeune poète fut troublée et ce poème semble un moment de calme, mais quand même douloureux. La douleur est omniprésente.

Luca, Paris IV–Sorbonne, étudiante en 1ère année
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Zsigmond Móricz : Iciri-piciri

Iciri-piciri est un conte célèbre pour enfants. De nombreux livres et dessins animés mettant en action les aventures de ce petit chat, Zsigmond Móricz avec cette histoire a marqué de nombreuses générations. 

Aurélie, INALCO, étudiante en 1re année
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Lőrinc Szabó : Ima a gyermekekért

Cette prière profane exprime en des unités de deux vers rimés, quelles sont les craintes et les espoirs du poète pour les générations à venir. Dans cette vision, le monde est représenté dans un ensemble des quatre éléments (le feu, l’eau, le ciel et la terre) où l’homme incarne à lui seul le Mal dont il faut se méfier. Face à la méchanceté humaine, ce sont les forces de l’univers qui promettent le salut par l’amour. Des assonances structurent doucement les énumérations qui appellent tout ce qui est animé et inanimé à défendre les enfants à l’avenir.

Edwige, INALCO, étudiante en 2e année
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Miklós Radnóti : Két karodban

Cet aveu bouleversant qui exprime un amour sans fin par les mélodies douces et les rythmes ondulants des berceuses est né pendant la 2e guerre mondiale et il est dédié à la bien-aimée dont nous savons qu’elle était la femme du poète. Radnóti (1909-1944) est l’un des plus grands représentants de la poésie inspirée par la fidélité et l’amour conjugaux et ce vers témoigne une fois de plus d’un attachement mutuel, d’un amour profond de deux êtres torturés, confrontés aux horreurs de la guerre, sur fond de la peur de la mort.

Gézengúz, INALCO, étudiant en 1re année
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Sándor Petőfi : Itt van az ősz, itt van ujra


Poème d’un automne doux, presque une berceuse, dont les mots sont aussi harmonieux qu’une jolie chanson ancienne qui n’a pas vieilli. Pour une raison magique, peut-être parce que les rimes s’enchaînent doucement, n’est pas trop difficile à retenir pour une oreille étrangère ?

Sándor Petőfi (1823-1849) est souvent cité comme le poète de la révolution et du patriotisme (il a trouvé la mort dans la guerre d'indépendance menée contre les Habsbourgs en 1948-49), mais l'intimité et les sentiments personnels résonnent également dans sa poésie lyrique. Ce doux „poème d'automne” a été écrit pendant la guerre, un an après son mariage (1847) avec Júlia Szendrey (1828-1868) et communique sur un ton serein le bonheur conjugal.

Antoine, INALCO, étudiant en 2e année
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Sándor Weöres : Galagonya

Margarita, INALCO, étudiante en 1re année, accompagnée par sa mère, Natalia
Musique: Ferenc Sebő
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Sándor Weöres : Galagonya

Ce poème joyeux a été rédigé d’un seul trait en 1941 et publié en 1944, dans une série de 99 vers de genres différents intitulée Rongyszőnyeg (Patchwork). La symbiose des images et du rythme est basée sur la synesthésie, sur la couleur flamboyante de l’Aubépine, le noir de la nuit d’automne et la pâleur de la Lune. Le buisson est solitaire et il est livré à la merci du vent, mais le poème traite le sujet avec une légèreté qui éloigne tout chagrin en se retournant sur la couleur de feu de l’Aubépine.

Karine, INALCO, étudiante en 1re année
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Sándor Weöres : Ha vihar jő a magasból

Les deux strophes du poème existent en plusieurs variantes, mais la première date du début des années 1940 et a été commandée par le compositeur Zoltán Kodály pour ses exercices de solfège (Bicinia Hungarica 1-4). Sándor Weöres (1913-1989), virtuose des rythmes et des jeux de paroles, adopte ici une forme des chansons populaires hongroises pour versifier des sujets simples comme la peur de l’enfant à l’arrivée de la tempête ou la paix de la maison familiale.

Karine, INALCO, étudiante en 1re année
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Attila József : Az a szép, régi asszony

Cette poésie au titre intrigant, écrite en 1936, vers la fin de la vie du poète, exprime une nostalgie touchante envers les temps anciens où Attila József entretenait des relations amicales et pleines d’affection avec une femme peintre et sa fille (qui sont les muses de plusieurs de ses poèmes). Son regard posé rétrospectivement sur les souvenirs de leurs promenades à trois, filtre les sentiments à travers le temps et aspire à un amour séparé des désirs, aspiration qui évoque également l’image de sa mère morte.

Edwige, INALCO, étudiante en 2e année
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Miklós Radnóti : Nem tudhatom

Ce poème de Radnóti (1909-1944) est né pendant la deuxième guerre mondiale où son auteur a été convoqué au Service du Travail Obligatoire et exécuté juste avant la fin de la guerre. Cette œuvre magistrale continue la grande tradition de la poésie hongroise patriotique (à laquelle il fait une référence explicite en citant le nom de Vörösmarty, poète romantique du XIXe siècle, auteur du Szózat, une sorte d’hymne national). La forme classique des vers contraste fortement avec le chaos du monde entourant et insiste sur les petits détails de la vie, empreints de sentiments et de souvenirs touchants qui intériorisent son amour profond pour son pays natal qui a fini par le rejeter à cause de ses origines.

Francesca, INALCO, étudiante en 3e année
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