À l’approche de son centenaire, l’Institut Liszt Paris se prépare à célébrer un jalon important : l’institution qui l’a précédée, fondée en 1928, avait pour mission de renforcer la présence de la culture et de la science hongroises en France, tout en jetant des ponts entre les deux pays. Dans la Ville Lumière, les préparatifs du jubilé sont déjà en cours. À l’occasion du Mois de la Francophonie, nous avons rencontré la directrice de l’institut, Adrienne Éva Burányi, pour évoquer les projets culturels de cette année et ceux à venir.
Propos recueillis par Olga Szederkényi
Quelle est votre citation ou votre proverbe français préféré ?
J’aime beaucoup la littérature française contemporaine. Marguerite Duras fait partie des auteurs dont j’ai relevé — et dont je continue de relever — le plus de citations. Mais aujourd’hui, je voudrais reprendre le mot de Gustave Flaubert dans Madame Bovary :
« Pourquoi déclamer contre les passions ? Ne sont-elles pas la seule belle chose qu’il y ait sur la terre, la source de l’héroïsme, de l’enthousiasme, de la poésie, de la musique, des arts, de tout enfin ! »
Ce n’est pas seulement ma citation préférée, c’est aussi une véritable profession de foi, aussi bien dans mon travail que dans ma vie personnelle. Depuis mon enfance, l’art, la musique et la littérature ont toujours été pour moi à la fois un refuge et une source d’énergie.

Adrienne Éva Burányi
Quand avez-vous découvert la langue et la culture françaises ?
J’ai commencé à apprendre le français à l’adolescence. J’ai eu de la chance, car ma famille était déjà très liée à la culture française, et m’a fait découvrir de nombreux livres et films. Depuis vingt-deux ans, je vis dans un environnement francophone : d’abord à Bruxelles, puis ici, à Paris. Je me reconnais pleinement dans l’art de vivre à la française.
L’Institut Liszt Paris fêtera bientôt son centenaire et a déjà connu plusieurs noms et vocations. Pourriez-vous partager avec nous un souvenir marquant de son histoire ?
Nous pouvons tous être fiers de l’Institut Liszt Paris. À titre personnel, je suis également très fière de pouvoir diriger une institution bientôt centenaire, à l’histoire riche et emblématique. Au fil des années, nous avons noué de nombreux partenariats et continuons à chercher de nouveaux points de rencontre. L’objectif est de présenter la culture hongroise à travers des collaborations à la fois stimulantes et tournées vers l’avenir, en privilégiant avant tout le dialogue — que ce soit avec nos institutions partenaires ou avec le public. Il est intéressant de rappeler que le terme même de « diplomatie culturelle » est d’origine hongroise : il aurait été utilisé pour la première fois en 1936 par l’historien de la littérature hongrois János Hankiss, étroitement lié à la France.
Cette année marque également les quarante ans de présence de l’institution dans son imposant bâtiment de la rue Bonaparte, situé entre l’église Saint-Sulpice et le jardin du Luxembourg — un lieu dont la mission a toujours été de captiver et d’émerveiller le public français à travers la richesse et la diversité de la culture hongroise.
Au fil des décennies, d’innombrables programmes d’une grande qualité ont vu le jour entre les murs de l’Institut, et des liens essentiels s’y sont noués. Il est difficile de n’en retenir qu’un seul, car j’accorde une grande valeur à chaque rencontre humaine, à chaque échange qui enrichit et fait avancer.
Mais si je devais malgré tout en évoquer deux, je mentionnerais d’abord le lien d’amitié avec Judith Hervé-Elkán, veuve de Lucien Hervé, qui vient de célèbrer son centième anniversaire. C’est une personnalité exceptionnelle et profondément inspirante, auprès de laquelle j’apprends quelque chose à chaque rencontre : la foi, la force, la dignité humaine. J’essaie de conserver en moi chaque instant que j’ai eu la chance de partager avec elle.
Une autre rencontre, particulièrement chère et émouvante pour moi, a été celle avec Vera Molnár. Nous avons vécu une première rencontre qui s’est terminée par une « création » commune — une expérience aussi inattendue que marquante.

Adrienne Éva Burányi et Vera Molnár
Paris est l’une des destinations les plus prisées, avec un afflux constant de touristes, mais c’est aussi une métropole vibrante en soi. Comment parvenez-vous à rendre la culture hongroise visible et attractive ?
Comme je l’ai déjà évoqué, nous cherchons avant tout des partenaires disposant de lieux adaptés aux projets, où les collaborations peuvent créer un espace commun à travers la présentation de la culture hongroise. L’idée est de faire apparaître celle-ci non pas comme une identité fermée, mais comme une voix européenne singulière.
Le public s’ouvre d’autant plus facilement lorsqu’il ne se trouve pas face à quelque chose d’étranger, mais face à des points de connexion. L’accent est donc mis sur la collaboration et ces passerelles.
Cela est particulièrement important dans une ville comme Paris, où la diversité culturelle fait partie intégrante de l’identité. En investissant des lieux extérieurs, chacun de nos événements nous permet de toucher des publics toujours plus variés.
C’est aussi un atout majeur que la culture hongroise dispose de domaines — comme le cinéma — où elle bénéficie d’une présence en France depuis plusieurs décennies. Nous n’avons donc pas à prouver notre valeur ou notre légitimité au public français.
La programmation cinématographique hongroise est particulièrement riche. Quel public s’intéresse aux films hongrois à Paris ?
Toutes les générations sont réceptives au cinéma hongrois. Les salles de plusieurs centaines de places se remplissent généralement lorsque nous projetons un film hongrois.Au cours des deux dernières années et demie, nous avons organisé des cycles consacrés à Miklós Jancsó, Judit Elek, Zoltán Fábri et Márta Mészáros. Actuellement, une rétrospective dédiée à István Szabó est en cours dans le cinéma emblématique du Quartier latin, Le Champo. Lors de la séance d’ouverture, nous avons eu l’honneur d’accueillir le réalisateur oscarisé ; c’était un moment émouvant de voir les admirateurs attendre son arrivée devant le cinéma. La Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, le Reflet Médicis ainsi que la Cinémathèque française comptent également parmi nos partenaires, avec lesquels nous collaborons avec plaisir. En mars, en collaboration avec la Cinémathèque française, notre institut a organisé un cycle de projections consacré aux films de Ildikó Enyedi. Par ailleurs, à Aix-en-Provence, la Biennale mettra cette année la Hongrie à l’honneur : pendant un mois, des films hongrois seront projetés dans le principal cinéma de la ville.

Adrienne Éva Burányi et István Szabó
À Budapest, deux expositions franco-hongroises consacrées à Victor Vasarely et à Paul Gauguin seront organisées cette année par le Musée des Beaux-Arts et la Galerie nationale. Peut-on s’attendre à des programmes d’arts plastiques hongrois à Paris également ?
Nous entretenons une collaboration étroite avec la Fondation Vasarely à Aix-en-Provence. Une exposition commune vient tout juste de s’achever, consacrée à l’œuvre de Klára Spinner, épouse de Victor Vasarely. Elle se poursuit désormais dans le cadre du programme Vasarely120, et sera présentée à Pécs. À Paris, à la mi-avril, le Petit Palais accueillera l’exposition monographique Modernité hongroise de Károly Ferenczy, organisée par le Musée des Beaux-Arts de Budapest. À cette occasion, à l’invitation de notre institut, un jeune ensemble classique hongrois, le duo Körössy–Osztrosits, se produira lors du vernissage. Nous soutenons également, dans la mesure du possible, les jeunes artistes à travers des programmes de résidence, afin de favoriser leur collaboration avec des créateurs français. Nous considérons cette forme de fusion culturelle comme particulièrement stimulante et porteuse. Il nous tient à cœur d’impliquer la jeune génération dans un maximum de projets, afin qu’elle puisse s’inscrire pleinement dans le tissu culturel français. Nous envisageons également des programmes pluridisciplinaires dans lesquels la littérature, la gastronomie, la culture du vin hongrois et les arts visuels se rencontreraient. Le furmint, par exemple, commence à susciter un réel intérêt chez les amateurs de vin français. Dans le domaine de la gastronomie, nous cherchons à montrer au public français que la cuisine hongroise ne se réduit pas au goulash ou à la pogácsa — même si j’apprécie beaucoup les deux — mais qu’elle offre bien d’autres spécialités.
Vous êtes la deuxième femme à diriger l’Institut. Est-ce courant à Paris ?
À Paris, ce n’est pas un phénomène rare. Les instituts culturels étrangers sont souvent dirigés par des femmes, et c’est également le cas dans les grandes institutions et les musées français. Mon expérience à ce sujet est très positive : j’établis très facilement le contact avec elles.
Qu’avez-vous appris au cours de ces dernières années ?
Cela fait bientôt vingt ans que je travaille dans des instituts culturels à l’étranger, j’ai donc accumulé une solide expérience. Pourtant, chaque lieu, chaque situation et chaque acteur est différent, et recèle donc de nouveaux défis. On peut apprendre de tout et, même en cas de succès, il faut chercher comment progresser et comment devenir encore meilleur. On ne peut pas exercer ce métier efficacement sur le long terme sans une certaine dose d’humilité.
Comment célébreriez-vous le centenaire de l’Institut si ni le budget ni l’imagination ne constituaient une limite ?
La dernière « saison culturelle » hongroise à Paris remonte à 2001. À cette époque, on pouvait littéralement croiser la culture hongroise à chaque coin de rue, sous ses formes les plus diverses. Je rêverais d’une série d’événements d’envergure comparable, capable d’assurer une présence culturelle intense et continue — car c’est ainsi que l’on peut atteindre la plus grande visibilité. Pour 2028, à l’occasion du centenaire, j’aimerais avant tout redonner un nouvel éclat au bâtiment de l’Institut, de sorte que chaque espace reflète une culture ancrée dans la tradition, mais sensible aux défis du XXIe siècle et capable de se renouveler. Aux côtés de la musique classique, du jazz et de la musique traditionnelle, les jeunes artistes — photographes et plasticiens — auraient toute leur place, au même titre que leurs aînés. Le design, la mode, l’innovation et la science feraient également partie intégrante de cette programmation, comme c’est déjà le cas aujourd’hui.